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Comment draguer un matheux

Méthode expérimentale


Dans la série "L'art de la bonne société avec les scientifiques", sous-titré "Ce ne sont pas tous des cas sociaux !", je vais aborder le cas très particulier du matheux(se), réputé impraticable - ce qui est hélas souvent vrai.

Je vous laisse le soin d'en repérer un au cours d'une soirée quelconque : loin d'être incongrue, la présence d'un matheux en un tel lieu s'explique par sa schizophrénie. Comprendre : une hémisphère fait des calculs pendant que l'autre se repose, s'éclate, etc.

La phase délicate se situe, comme toujours, lors de la présentation. Il ne faut JAMAIS oublier que chez lui/elle, ça n'arrête JAMAIS de raisonner (ce qui donne lieu à des cocasseries dont on reparlera plus tard). Si vous y allez bille en tête, décidé, à n'importe quelle heure de la soirée, il y a fort à parier que vous vous prendrez un rateau dans les 30 secondes qui suivent -rapport au fait que la résolution d'équations diophantiennes du 5ème degré vous passe largement au-dessus de la tête- et que vous serez classé pour l'éternité non pas parmi les médiocres, ni les inintéressants, mais tout simplement dans la "classe d'équivalence des objets inexistants dans le monde mathématique". Bref, laissez tomber l'attaque frontale.

La méthode consiste donc à user de patience et de discrétion. Observez son comportement : si il/elle est déjà en société, c'est qu'il/elle a trouvé une âme vaillante pour soutenir ET discuter son discours (probablement un matheux encore). Pour apaiser leurs gorges asséchés par le feu du langage, ils se rapprocheront du bar pour ne plus le quitter. Si il/elle est tout seul(e), pas de panique, il/elle ira directement au bar. Laissez défiler la soirée et les cocktails : la concrétisation approche (temporellement parlant du moins). Viens un moment où les idées ne sont plus très claires et où les esprits s'échauffent. C'est là qu'il faut être attentif. Avec un air dubitatif, votre cible prononcera o-bli-ga-toi-re-ment, qu'elle soit seule ou en compagnie, la PHRASE-CLE suivante (l'analyse du docteur Freud : cette phrase dénote un conflit intérieur entre les convictions intimes et les connaissances acquises chez le mathématicien avide d'absolu). Parenthèse fermée, je disais donc, la PHRASE-CLE suivante :
"C'est quoi déjà le théorème de Gödel ?"
Là, dans les 5 dixièmes de seconde qui suivent, vous devez avoir réagi et prononcé la réponse MAGIQUE suivante :
"C'est-le-théorème-qui-montre-que-tout-système-formel-est-indécidable."
Avant d'enchaîner aussitôt :
"Viens chez moi j'ai toute la doc !"

Voilà, c'est fait, vous avez réussi. Vous n'avez plus qu'à le guider jusque chez vous pour en faire ce que bon vous semble (quelques verres supplémentaires supprimeront toute vélléité à propos de Gödel).

Dernier conseil pratique : quand viendra l'heure du réveil, prévoyez quelques tubes d'aspirine, non pour vous (quoique), mais pour lui/elle, car il/elle ne manquera sûrement pas de vous en demander, histoire de relancer ses méninges. Quant au reste, pas de panique, il/elle aura tôt fait de vous oublier en vous classant parmi "les objets inexistants dans le monde mathématique", 30 secondes après l'absorption du tube, 20 secondes après la question qui tue : "Comment démontrer qu'une surface compacte orientable de R^n est homéomorphe à la sphère unité ?", 19 secondes après votre mutisme total.