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"On suppose que l'on raisonne par l'absurde" |
L'informatique rime avec logique.
Ca non !
L'informatique est un gros bordel.
Ca oui !
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Si cette affirmation vous inquiète, sachez que : je ne suis pas saoûl,
je n'ai pas pété les plombs et je ne fume toujours pas la spéciale de
Manali. Par contre, l'énoncé du sujet de cette page mail lors d'un amphi
a le don de provoquer chez moi des bouffées d'angoisse, des affres d'anxiété,
et des abîmes de perplexité... [ton docte, voix fluette et style "Cinéma de minuit" pour le paragraphe
suivant] La Preuve, le mot est lâché. Cette pieuvre empoisonne la vie de tout étudiant du supérieur. Pauvre de vous, vous espériez enfin sentir pleuvroir tout le savoir de l'oeuvre de Cauchy grâce à ses preuvres ? Que nenni, vous comprendrez vite qu'il y a deux catégories en ce bas monde : les matheux, et les autres (je vous rassure, ces derniers doivent représenter quelque chose comme 99,99% de l'espèce humaine) Loin de l'abstraction conceptuelle, la preuve au quotidien se prétende sous un tas de visages différents : il y en a pour tous les goûts, toutes les couleurs, et surtout tous les styles professoraux. D'abord vient la preuve classique, qui consiste à partir d'un point A pour arriver au point B, ou dans une variante plus subtile la contraposée, "si pas B alors pas A" (si six papous pas à poux... pardon). En mélangeant tout ça on obtient parfois des Conditions Nécessaires et Suffisantes, synonymes de réciprocité. Quand un contre-exemple ne vient pas casser la baraque pour montrer qu'il n'y a pas réciprocité. Plus amusant encore, la preuve par récurrence, qui s'effectue par étapes. l'étape 0 étant démontrée, on se dit que l'étape i est vraie et on prouve l'étape i+1. Vous suivez ? Enfin, last but not least, car c'est là que je voulais en arriver, voici le raisonnement par l'absurde, qui en impose rien que par son oxymore. Le principe revient à supposer que l'on a ceci et cela alors que l'on ne devrait pas avoir cela avec ceci, mais plutôt l'inverse - et normalement ça fait boum (comprendre : c'est pas possible). Venons en au fait. Averti comme vous êtes maintenant, l'incongruité de la phrase-titre a dû vous sauter aux yeux et vous choquer n'est-ce pas ? Pour ceux qui ne suivent pas dans le fond, petit résumé. Si l'on suit la sémantique profonde de cette brillante intervention, il va falloir mouliner dur pour montrer qu'un raisonnement absurde permet d'arriver à ses fins, en supposant d'avance que l'on puisse effectivement raisonner absurdement, et avant même d'enchaîner sur ce raisonnement absurde qui permet d'arriver à ses fins. C'est tout du moins la démarche logique que n'importe quel logicien se devrait de respecter eu égard à un tel énoncé*. Après cette sublime mise en perspective sur la preuvalité, il est temps de monter sur ses grands chevaux pour exprimer tout le sel du sonnet suivant : L'informatique rime avec logique. Pour l'utilisateur moyen normal lambda - c'est-à-dire tout le monde -, l'expérience a depuis longtemps confirmé la règle. Mais qu'en est-il du point de vue du concepteur, du programmeur, de l'ingénieur, bref quand on décarcasse les entrailles de plastique et silicium ? J'ai testé pour vous, et je vous réponds : c'est normal, en informatique, on étudie l'architecture, la grammaire et le langage. Quand on voit le tout neuf Palais de Justice de Nantes qui s'effondre, la panoplie foutoirstique d'exceptions à la règle dans toutes les grammaires du monde, ou encore rien que l'accord du substantif masculin faible dans les propositions infinitives en allemand, il y a de quoi ne plus s'étonner. En attendant, j'en connais qui ont poussé des cris d'orfraies quand je leur ai annoncé la chose. Vous aussi, étonnez vos amis en énonçant les matières stupéfiantes étudiées par les informaticiens. Tiens, à propos d'architecture et de construction, j'en ai une bien bonne : quel est le point commun entre un ingénieur de polytechnique et un du génie civil de l'insa de rennes ? Le ixien construit un pont, qui s'effondre, il ne comprend pas pourquoi. L'insalien construit aussi un pont, et lui ne comprend pas pourquoi celui-ci ne s'effondre pas. Hum, revenons à nos moutons. Et tentons d'éclairer un peu vos lanternes. L'architecture informaticienne consiste en la mise en perspective de la construction brique par brique de la structure portante qui gouverne la conception intrinsèque et l'arrangement spatial du matériau brut de l'informatique : le hardware. Bref, c'est la charpente, les murs porteurs, les fondations même de l'informatique (merci à Renaud pour les bases). La grammaire et le langage, eux, s'occupent surtout de syntaxe et de reconnaissance de mots. Pour cela, ils n'hésitent pas à dériver des mots (faites appel à vos souvenirs matheux du lycée), à redéfinir un tas d'alphabets, à poser des axiomes de grammaire, et enfin, et surtout - reprenez votre souffle - à déterminiser de pauvres automates avec ou sans pile. Tiens, j'en ai encore une autre. Vous prenez un mec lambda, un polytechnicien et un insalien, vous leur demandez de mesurer la hauteur d'un phare avec le minimum de moyens. Comment font-ils ? Le mec lambda grimpe les 360 marches en les comptant et en mesurant la hauteur de chaque marche, le polytechnicien mesure la longueur de l'ombre du phare et la hauteur du soleil sur l'horizon avant de se livrer à ses savants calculs trigonométriques (sans calculatrice, c'est pas une mauviette), l'insalien va voir le gardien du phare pour lui demander cette hauteur (au pire, il consulte les dépliants touristiques voire, il demande au mec lambda de laisser pendre une ficelle jusqu'en bas quand il sera en haut, avant de mesurer celle-ci) [soupir] Je ne suis vraiment pas doué pour les blagues... Même quand c'est pas moi qui les inventent. *Pour les intéressés, sachez qu'il existe effectivement une démonstration de la méthode de démonstration par l'absurde, mais ne comptez pas sur moi pour vous la dévoiler (c'est surtout que la manière dont penche ma pile d'archives m'inquiète et que la police a bouclé mon armoire dans un rayon de 10 mètres) |